Du point de vue de l'histoire des pouvoirs occidentaux, la croisade apparaît comme un vaste potlatch, au cours duquel les princes sacrifièrent une part importante des produits de la croissance humaine et économique de l'Occident médiéval, afin de gagner en contrepartie l'autorité sacrée dont ils avaient besoin pour affermir leurs pouvoirs à la légitimité mal assurée. En partant à la croisade, pour une guerre qui le plus souvent ne devait leur procurer ni conquête directe ni avantage matériel, les princes procédaient à de très lourds sacrifices, non seulement parce que le coût de ces expéditions obérait pour longtemps leurs finances fragiles, mais aussi parce que leur absence de longue durée, parfois suivie de leur mort en Terre sainte, affaiblissait considérablement l'exercice local de leur pouvoir. En contrepartie d'un tel investissement, les princes pouvaient toutefois espérer en retirer un surcroît d'autorité, non d'ailleurs sans bonne raison, puisque les historiens nous ont depuis longtemps appris que les institutions étatiques occidentales se sont en grande partie construites grâce aux instruments fiscaux, juridiques et religieux que la papauté avait confiés aux princes pour les besoins de la guerre sainte.
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https://www.academia.edu/6787324/_La_croisade_du_comte_Am%C3%A9d%C3%A9e_III_de_Maurienne_1148_un_potlatch_sans_contrepartie_dans_Beno%C3%AEt_Gr%C3%A9vin_Annliese_Nef_et_Emmanuelle_Tixier_dir_Chr%C3%A9tiens_juifs_et_musulmans_dans_la_M%C3%A9diterran%C3%A9e_m%C3%A9di%C3%A9vale_M%C3%A9langes_en_l_honneur_d_Henri_Bresc_Paris_2008_p_149_165?nav_from=b11b2524-2cca-4734-a4de-6323a1093d2b
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