jueves, 16 de julio de 2026

La robe d’honneur (khal‘at) en Iran après la chute d’Iṣfahân (1722-1750) : formes, fonctions et symboliques Bizoirre Mélisande 2019, Parure & apparat. Orner la ville, le corps et l’animal

https://www.academia.edu/130272339/La_robe_d_honneur_khal_at_en_Iran_apr%C3%A8s_la_chute_d_Is_fah%C3%A2n_1722_1750_formes_fonctions_et_symboliques Répandue de l’Asie orientale à l’Europe depuis l’antiquité, la pratique du don de robe d’honneur constitue un élément central des rituels curiaux en Iran à la période moderne. Le khal‘at est aussi bien un marqueur d’autorité qu’un élément d’apaisement des relations sociales, fréquemment mentionné dans les sources : il est ainsi distribué au moment du nouvel an, ou en remerciement de services rendus, et peut parfois porter un message politique. En 1722, la chute de la capitale safavide, Esfahān, devant une invasion afghane, remet brutalement en cause les structures politiques de l’empire et les pratiques de gouvernement. Dans un Iran rapidement exangue du fait de la guerre, de l’émigration et des levées d’impôts, la personnalisation du pouvoir par Nāder Shāh s’oppose à l’administration pléthorique mise en place auparavant. Comment les robes d’honneur accompagnent-elles cette évolution majeure ? En nous appuyant sur les sources écrites, nous nous interrogerons tout d’abord sur les différentes circonstances dans lesquelles sont conférés les khal‘at : grandes occasions curiales, comme le couronnement de Nāder Shāh, les ambassades ou les cérémonies de nowruz, mais aussi moments spécifiquement militaires, comme les redditions de villes ou le compliment de généraux et de troupes. Nous mettrons ainsi en évidence qu’à la période moderne, la robe d’honneur constitue un langage universel, permettant de créer des liens par delà les contigences historiques, entre empires, entre communautés religieuses, entre vainqueurs et vaincus. Cette universalité s’explique en partie par la souplesse même de la notion de khal‘at. La « robe d’honneur » ne désigne pas un vêtement précis, mais un don où l’élément textile prend une part importante, qui peut être accompagné d’objets divers, notamment des armes, voire de montures harnachées, et qui donne lieu à des pratiques de vêture cérémonielle. Les descriptions textuelles, mais aussi les représentations et quelques objets conservés permettent d’appréhender la diversité de ces cadeaux, dont la forme est essentielle pour véhiculer le message du donateur au receveur. Afin d’honorer un prélat catholique arménien, Nāder Shāh fait ainsi concevoir, en dehors de toute considération religieuse, un vêtement liturgiques à images christiques, quand son prédécesseur, Shāh Tahmāsp II, avait pu humilier un général en lui envoyant des vêtements de femme. On peut alors se demander comment les souverains, dans le contexte particulier de l’Iran post-safavide, parviennent à se procurer des robes d’honneur, tant en quantité qu’en qualité. Cette dernière question peine à trouver des réponses précises, les éléments de logistique et les conditions de fabrication des textiles et autres œuvres d’art étant rarement précisés dans les sources. Quelques indices indirects permettent toutefois de proposer des pistes : réutilisation du butin, poursuite des ateliers de production à Kashān, etc.

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