https://www.academia.edu/144766610/Moser_H_A_travers_lAsie_centrale_Paris_1885?email_work_card=title
Si quelqu 'un m'eût dit , il y a deux ans , que j'allais bientôt écrire un livre , je n'aurais fait que rire de cette supposition. Et voilà pourtant comment le malheur est arrivé. Au cours de mes dernières pérégrinations , j'écrivis quelques lettres qu'on imprima dans un journal de ma patrie ; quelques-unes d'entre elles, à mon grand étonnement , furent reproduites dans d'autres journaux . J'étais donc passé auteur sans m'en être douté et sans l'avoir voulu . A mon retour , je me trouvai même, circonstance rare, en puissance d'éditeur bien avant que le manuscrit fût achevé. Il l'est maintenant , mais il lui faut une préface, m'assure-t-on. J 'avoue humblement que sous ce rapport j'ai été pris a l'improviste. J 'ai beaucoup lu dans ma vie : des voyages d'abord , puis des romans et encore des romans . Tourguéneff , Y. Cherbuliez et O. Feuillet sont mes auteurs favoris . J'ai l'habitude de commencer un livre par la fin, et, à dire la vérité , je ne coupe jamais la préface. J'ai bien dû faire amende honorable , et, par triste compensation , dès lors je ne lis plus guère que des préfaces. C'est peu divertissant , et cela ne m'a pas donné l'ombre d'une inspiration . Pour varier , au lieu de servir à mes lecteurs un plat accommodé avec plus ou moins de modestie , comme c'est l'usage , leur donnant un avant -goût des joies qui les attendent , je procéderai d'une autre manière : si le lecteur se sent le courage de poursuivre , en conscience, il sera prévenu. D'abord et avant tout , j'écris en français, quoique le français ne soit pas ma langue maternelle. Cosmopolite dès mon enfance, j ai a mené une quantité d'idiomes de front , et si je n'en possède aucun à fond, toujours pourtant j'ai pensé en français. Est-ce là une excuse pour un style qui est le mien , mais qui , je ne le sens que trop, ne répondra pas toujours aux formes que le lecteur est en droit d'exiger ? Je crois, en outre , que celui qui cherchera de la science dans ce livre pourra bien être quelque peu désabusé, car j'ai été entraîné dans mes longs voyages plutôt par la passion de l'inconnu que par l'in¬ tention d'éclairer mes semblables. En publiant mes impressions , j'ai tâché de dire simplement ce que j'ai éprouvé . Le seul mérite que je pourrais revendiquer , c'est de n'avoir eu dans ma poche ni mes yeux, ni mes oreilles. Quant aux déductions philosophiques et politiques , j'en laisse le soin à mes lecteurs , qui , vraisemblablement , sont plus aptes que moi à tirer des conclusions. Au reproche de ne pas faire de politique , pour satisfaire au goût du jour , je répondrai qu 'il n'aurait tenu qu'à moi de répéter ce que j'ai entendu dire en faveur de l'une ou de l'autre des puissances dont la rivalité et les efforts se concentrent dans les parages que j'ai par¬ courus . Mais colporter ces indiscrétions de mécontents que le voyageur rencontre partout , et sur lesquelles ont été basés des juge¬ ments souvent téméraires , ce serait , dans mon cas, une ingratitude vis-à-vis du pays dont l'hospitalité m'a ouvert toutes les portes. En somme, ni science, ni philosophie , ni politique , mais un récit sans prétention , gai ou émouvant suivant les heurs ou malheurs de la route ; ce que j'ai cherché , c'est de peindre tant bien que mal les moeurs et les coutumes des différentes peuplades parmi lesquelles j'ai vécu et auxquelles je me suis intéressé sans parti pris. Si ces récits avaient le don d'émouvoir , par -ci par-là, une jolie lectrice ; si mes lecteurs , après avoir parcouru les steppes avec moi, gardent une idée des moeurs de ces pays , en somme peu connus , mon but serait atteint. Je termine en mentionnant avec reconnaissance le nom de mon ami Jules F . U. Jurgensen , qui , de ses conseils, a puissamment soutenu mes débuts littéraires . J 'ajouterai un mot de remercîment à l'adresse de mes deux jeunes collaborateurs : l'un , M . Evert van Muyden, l'habile artiste chargé de dessiner les illustrations d'après les photo¬ graphies prises au cours de mes voyages ; l'autre , M. Théo Zobrist, mon secrétaire, qui n'a cessé de me seconder avec persévérance et dévouement. Ceci dit , comptant , ami lecteur , sur ta bienveillante indulgence, en route , et, si possible, gaiement.
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